
29 juillet 2026
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Expulsion de Xenia Fedorova :
La France agit enfin contre la guerre informationnelle russe
L’arrêté d’expulsion signé par le ministre de l’Intérieur contre l’ancienne présidente de RT France ne sanctionne pas une opinion : il sanctionne une fonction. Nous réclamions cette mesure depuis avril 2025. Elle protège la campagne présidentielle qui s’ouvre. Elle ne suffit pas.
Le ministère de l’Intérieur a confirmé, mercredi 29 juillet, qu’un arrêté ministériel d’expulsion avait été remis à Mme Xenia Fedorova. Selon le document cité par Libération, son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et sa présence sur le territoire constitue « une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». L’arrêté retient qu’en déployant ses narratifs, elle s’inscrit comme « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes ». Son avocat a annoncé un recours. Il appartiendra au juge administratif de se prononcer.
Quant à nous, nous saluons une décision de salubrité démocratique.
Ce n’est pas une opinion qui est frappée, c’est une fonction. Nous l’avons soutenu sans relâche, et c’est ce que l’arrêté retient. Chacun demeure libre, en France, de penser que l’OTAN porterait la responsabilité de la guerre, que le soulèvement de Maïdan aurait été un coup d’État, ou que l’Ukraine aurait bombardé huit années durant les civils du Donbass. Bien que détestables ou mensongères, ces opinions peuvent être librement exprimées. Mais Mme Fedorova n’est pas une résidente ordinaire. Elle a dirigé cinq années durant RT France, organe dont le Conseil européen a considéré le 1er mars 2022, qu’il servait de canal à des actions de propagande concertées au soutien de l’agression, sous le contrôle des dirigeants russes, décision jugée conforme au droit international par le Tribunal de l’Union europénne le 27 juillet 2022.. Elle a poursuivi la même fonction sur les antennes du groupe Bolloré, sans carte de presse. La liberté de la presse protège les journalistes. Elle n’a jamais eu vocation à couvrir l’activité, sur notre sol, d’un appareil d’État étranger qui mène une guerre d’agression en Europe et menace notre pays.
Cette décision protège notre élection présidentielle et notre vie démocratique. Le calendrier n’est pas indifférent. Le 26 mai, la propagandiste en chef du Kremlin, Margarita Simonian, celle-là même qui a envoyé Fedorova en mission à Paris, revendiquait de combattre l’Europe tout entière. Quelques jours plus tard, alors que deux candidats à l’élection présidentielle se rendaient à Kyiv pour y affirmer le soutien de la France à l’Ukraine, Mme Fedorova leur opposait depuis un plateau parisien la ligne de Moscou. Prendre à partie des candidats français, en pleine campagne et au nom d’un État agresseur, n’est plus une opinion sur la guerre : c’est une ingérence dans notre débat électoral. Une élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations. En écartant l’instrument le plus exposé de la guerre cognitive russe, la France pose un principe simple : la délibération des Français leur appartient.
Cette décision doit beaucoup à la société civile et au journalisme indépendant. Le 12 avril 2025, au Festival du Livre de Paris, nous interrompions, à l’initiative de plusieurs associations, la séance de dédicaces organisée par Fayard dans le cadre d’une événement financé par divers organismes publics. Nous écrivions alors : il est grand temps qu’elle soit expulsée, qu’attend le gouvernement ? Le 3 juin 2026, onze organisations manifestaient à Paris contre la propagande de guerre du Kremlin dans nos médias et saisissaient l’Arcom, le gouvernement et le ministre de l’Intérieur. Les enquêtes du Monde et de Mediapart ont établi l’ampleur de son implantation dans la galaxie Bolloré et les conditions du renouvellement de son titre de séjour en 2024.
Le 21 juin 2026, enfin, Desk Russie publiait sous la signature de Iouri Izotov, journaliste russe réfugié en France, une enquête décisive : selon des données administratives russes examinées par le média, Mme Fedorova aurait continué de figurer dans les effectifs de TV-Novosti, maison mère de RT, jusqu’au 31 août 2024, soit plus de deux ans et demi après l’interdiction de RT dans l’Union européenne, et y aurait perçu des rémunérations considérables au moment même où se négociait son installation dans le paysage médiatique français. Que des journalistes russes en exil aient dû éclairer ce que nos institutions n’avaient pas su voir en dit long. Qu’ils en soient remerciés.
Rien n’est achevé. Une personne s’en va ; le dispositif demeure. Nous demandons :
• à l’Union européenne, l’inscription de Mme Fedorova sur la liste des personnes sanctionnées au titre du règlement (UE) 2024/2642, dont elle a jusqu’ici été écartée alors que le Parlement européen s’est prononcé en ce sens à la mi-juin ;
• à l’Arcom, qu’elle tire les conséquences de cet arrêté et contrôle sans délai l’honnêteté de l’information et le pluralisme sur les antennes qui ont ouvert leurs plateaux à la propagande d’un État en guerre contre l’Europe et qu’elle se montre plus rapide dans les actions auprès des opérateurs d’Internet pour que ceux-ci respectent les sanctions européennes à l’encontre des médias russes pratiquant la propagande de guerre
• au gouvernement, la transparence sur les conditions du renouvellement du titre de séjour en 2024, et la vérification des obligations de déclaration au répertoire des représentants d’intérêts étrangers de la HATVP ;
• aux dirigeants du groupe Bolloré, qu’ils cessent d’invoquer la liberté d’expression pour couvrir l’emploi d’anciens cadres d’un média d’État interdit par l’Union et ouvrir leurs antennes aux ennemis de notre pays. L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qu’ils citent le jour même de l’arrêté, n’a jamais conféré à un État étranger en guerre contre l’Europe le droit de disposer d’une antenne française.
Que l’on cesse enfin de confondre la liberté d’expression, qui protège le citoyen contre l’État, avec le droit prétendu d’un appareil étranger à retourner nos médias contre notre démocratie et notre diplomatie. Ce que nous avons obtenu aujourd’hui n’est pas une victoire contre une femme. C’est un premier acte de lucidité d’un pays qui commence à reconnaître la guerre informationnelle menée contre lui.
Le 12 avril 2025, au Grand Palais, nous avons tendu à Mme Fedorova une peluche tachée de rouge et nous lui avons posé deux questions : où sont les enfants ukrainiens déportés, et pourquoi ne rentrent-ils pas ? Que pense-t-elle de la répression des journalistes en Russie ? Elle ne nous a pas répondu. Les questions demeurent, et nous ne cesserons pas de les poser.
