17 juin 2026
Communiqué de Pour l'Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Pour la deuxième année consécutive, Pour l'Ukraine pour leur liberté et la nôtre ! investit le Festival d'Avignon. Les 17 et 18 juillet 2026, à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon et à la Maison Jean Vilar, lectures, tables rondes et débats réuniront écrivains, philosophes, dramaturges et journalistes autour d'une question centrale : comment la culture ukrainienne résiste-t-elle à la tentative d'effacement menée par la Russie ?
« Notre littérature navigue péniblement à contre-courant du mutisme. Le courant du silence nous emporte et, dans cet abîme d'obscurité et de souillure, naissent les mots. Ils ne sont ni beaux ni agréables : ils font mal, comme les flèches et les balles. »
Tetyana Ogarkova et Volodymyr Yermolenko, La Vie à la lisière (Gallimard, 2026)
Théâtre pillé de Marioupol, musées vidés de Kherson, bibliothèques réduites au silence : la guerre que mène la Russie contre l'Ukraine n’est pas seulement territoriale, mais aussi identitaire, culturelle et linguistique. Le but du régime de Poutine est d’anéantir la souveraineté des Ukrainiens, de nier leur existence comme nation, et d’effacer leur histoire, d’écraser leur culture et de russifier leur langue.
Face à cette offensive, l'Ukraine résiste aussi par la culture. Jamais la littérature, le théâtre, la poésie et la musique ukrainiens n'ont connu une telle effervescence — ni une telle résonance au-delà des frontières du pays. Des écrivains écrivent sous les bombes. Des dramaturges créent depuis l'exil ou depuis Kyiv assiégée. Des philosophes cherchent les mots pour dire ce que vivre ukrainien signifie aujourd'hui.
C'est à cette réalité et cette vitalité que Pour l'Ukraine pour leur liberté et la nôtre ! entend donner voix et visage, les 17 et 18 juillet, avec deux journées de rencontres littéraires et intellectuelles construites en partenariat avec la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon et la Maison Jean Vilar. Pour la deuxième année consécutive, l'association propose au cœur du Festival d’Avignon un programme qui réunit des voix majeures de cette résistance intellectuelle et artistique.
Volodymyr Yermolenko, philosophe et président de PEN Ukraine, coauteur avec Tetyana Ogarkova de La Vie à la lisière (Gallimard, 2026), y côtoiera Macha Isakova, fondatrice de la Semaine de la dramaturgie ukrainienne au Théâtre du Soleil, Olga Sagaïdak, présidente de la Coalition des acteurs culturels ukrainiens, et Alain Guillemoles, journaliste et envoyé spécial à Kyiv. Des comédiens donneront leur voix à des textes nés dans la guerre — pièces courtes, intimes, qui disent l'expérience des gens ordinaires happés par la violence.
Ce choix d'Avignon n'est pas anodin. Le plus grand festival de théâtre au monde est un espace de rayonnement et de débat où Pour l'Ukraine pour leur liberté et la nôtre ! veut présenter la culture ukrainienne non comme une victime, mais comme ce qu'elle est : une culture vivante, exigeante, qui résiste et qui crée.
Piller, détruire, russifier : la guerre culturelle de Poutine
Dès l'occupation nazie, le juriste Raphaël Lemkin notait que le meilleur moyen de détruire une nation était d'éradiquer sa culture. C'est à cela que s'emploie la Russie de Poutine : en détruisant, mais aussi en pillant et s'appropriant méthodiquement le patrimoine artistique et archéologique des territoires occupés d'Ukraine, Moscou tente d'effacer la singularité d'une culture qui n'appartient pas à un prétendu « monde russe ». Son originalité et son authenticité sont la marque d'un peuple souverain.
Le bilan est documenté et accablant. L'UNESCO recense au 15 avril 2026 pas moins de 526 sites culturels endommagés — 153 édifices religieux, 39 musées, 21 bibliothèques. Plus de 1,7 million d'objets ont été volés dans les territoires occupés. Les collections de 77 musées ukrainiens figurent désormais au catalogue d'État du fonds muséal de la Fédération de Russie. Ce n'est pas du vandalisme de guerre : c'est de la planification, conduite au sommet de l'État russe, avec Poutine, ses généraux et le ministère de la Culture comme commanditaires.
Pour l'Ukraine pour leur liberté et la nôtre ! mène depuis 2022 l'enquête de référence sur ce pillage systématique, en partenariat avec la Raphael Lemkin Society. En juin 2025, l'association a déposé devant la Cour pénale internationale une communication visant Vladimir Poutine et huit hauts responsables russes pour crimes de guerre contre le patrimoine culturel. Elle appelle l'ICOM à exclure l'ICOM Russie, et la Biennale de Venise à refuser le retour du pavillon russe tant que la guerre d'agression se poursuit. Les rencontres d'Avignon s'inscrivent dans ce même engagement : documenter, alerter, et refuser l'effacement.
