Une ville pour sauver une vie
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Plus de seize mille civils ukrainiens sont détenus arbitrairement par la Russie. Le mot qui les désigne — otage — figure dans un texte signé au bord du Léman en 1949.
Tribune parue dans La Tribune de Genève en date du 7 octobre 2026, sous le titre « Une ville pour sauver une vie »

Il y a deux semaines s’est tenue au Palais des Nations la 140e session du Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées. Parmi les noms déposés, celui d’Oleg Shevandin, champion d’Europe et du monde de wushu et de kung-fu, enlevé dans la région de Donetsk en 2015 et détenu depuis plus de dix ans. La Russie le tient au secret, sans contact avec sa famille ni avec le monde extérieur, sans assistance juridique ni accès pour les missions humanitaires. Ils sont plus de 16 000, selon le registre unifié de l’ombudsman ukrainien relayé devant le Conseil de sécurité en août dernier. Journalistes, sportifs, enseignants qui ont refusé les programmes russes, maires et élus locaux, prêtres. Ni combattants ni condamnés: des civils pris parce qu’ils représentaient la société civile.
Le mot qui les désigne n’est pas une figure de style. La quatrième Convention de Genève, signée ici même en 1949, interdit la prise d’otages à son article 34; la Convention de 1979 la définit comme la capture d’une personne pour faire pression sur un tiers; le Statut de Rome en fait un crime de guerre. Genève a donné son nom à ce droit, aujourd’hui vidé de sa substance. Aucun mécanisme d’échange ne les couvre. Les prisonniers de guerre reviennent par centaines; eux presque jamais. Coupés du monde, battus, torturés, souvent privés de soins, ils disparaissent de la conversation publique, et c’est l’effet recherché. Effacer quelqu’un, c’est d’abord faire taire son nom.
D’où une réponse modeste et obstinée: le parrainage municipal. Une Ville désigne nommément deux otages civils, avec l’accord écrit de leur famille, exige leur libération, affiche leur visage, écrit aux autorités. La campagne est déployée dans plus de 60 villes de France et de Belgique, dont une vingtaine ont donné leur accord de principe; Lyon se prononce le 24 septembre, Paris en octobre. Le geste coûte peu au budget communal et engage l’essentiel: il inscrit un nom dans une délibération, c’est-à-dire dans la durée.
Nous proposons à la Ville de Genève d’en parrainer deux. Depuis des siècles, Genève est une ville de refuge pour les persécutés; l’asile peut aussi prendre la forme d’un nom prononcé publiquement. C’est une ville qui refuse qu’un homme soit effacé dans le silence à 3000 kilomètres de là, et qui le dit avec son nom à elle.
Signataires
Tribune portée par
Professeur Olivier Védrine, НТУ "Дніпровська політехніка" - Dnipro University of Technology (Ukraine), administrateur de l'Association Jean Monnet
Pierre Raiman, vice-président de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! Organisateur de la campagne « Sauvons les otages ukrainiens »
Lora Shevandina, présidente du mouvement ukrainien RETURN FREEDOM, épouse de l’otage civil ukrainien Oleg Shevandin
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