Une guerre systématiquement menée contre les civils
- 9 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Tribune parue dans Le Monde
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Au bout de quatre années d’une guerre qui a vu l’armée russe pilonner systématiquement les infrastructures civiles ukrainiennes ─ immeubles d’habitation, hôpitaux et maternités, universités et bibliothèques, et, chaque hiver, les installations qui alimentent le pays en énergie ─ le doute n’est plus possible : Poutine a décidé d’anéantir purement et simplement toute vie civile en Ukraine, afin d’obtenir par la terreur l'effondrement moral de la population. Quel est donc le crime de ces voisins auxquels le Kremlin dénie toute existence et toute histoire singulière ? Ils ont osé choisir la liberté et refusé, depuis 2014, la vassalisation que leur a imposée, des siècles durant, l’impérialisme russe.
La Russie n’a évidemment nul besoin de nouveaux territoires. Les ressources des espaces immenses sur lesquels règne la fédération sont largement inexploitées, ses villages se dépeuplent, ses routes ne sont plus entretenues, etc. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine, comme celle de la Crimée et d’une partie du Donbass huit ans plus tôt, répondent à un autre objectif : effacer l’existence même du peuple ukrainien en le russifiant.
Si nous ne voulons pas assister, passifs et complices, à ce qui ressemble fort à une guerre génocidaire, systématiquement menée contre les civils, il nous faut au plus vite nous porter au secours de la population. L’ONG Price of Freedom a étudié la faisabilité d’une zone de protection aérienne capable d’intercepter les missiles, bombes guidées et drones russes au-dessus du territoire ukrainien occidental. Cette proposition, baptisée « SkyShield », a été validée par plusieurs centaines d’experts et haut-gradés militaires. Elle entrerait dans les compétences des forces armées de la Coalition des volontaires impulsée par Macron.
Pourrons-nous compter sur le Président de la République pour en engager la mise en œuvre de ce bouclier aérien, avec une vigueur comparable à celle qu’il a mise dans la création de la Coalition des volontaires ? Pourrons-nous compter également sur son soutien à la population civile des territoires occupés ? Car la situation des Ukrainiens des zones contrôlées par la Russie n’est pas moins dramatique que celle des habitants de l’Ukraine assiégée. Les chiffres documentés par les organisations de défense des droits humains révèlent l'ampleur de la terreur exercée sur la population et confirment l’intention du Kremlin : détruire physiquement et moralement les civils, briser leurs liens avec l’Ukraine et procéder à leur russification totale.
Près de 20 000 enfants ont été arrachés à leur pays ; moins d'un sur dix a pu revenir. Mais au-delà de ces déportations, des centaines de milliers de mineurs grandissent sous occupation, soumis dès la maternelle à un endoctrinement qui vise à en faire, demain, les soldats de l'ennemi.
Au moins 16 000 civils — probablement bien davantage — ont été enlevés et sont détenus illégalement et au secret sur le sol russe. Torture, violences sexuelles, traitements dégradants disparitions, meurtres : le droit international est bafoué chaque jour dans ces centres de détention dont certains ne reviendront jamais.
Quant aux trois millions d'habitants des zones occupées, ils vivent sous la contrainte permanente : passeport russe imposé sous peine de tout perdre — logement, droits parentaux, accès aux soins. Même cette soumission forcée ne les protège pas : l'expropriation se poursuit, méthodique, pour faire place à des colons venus de Russie.
C’est pourquoi la Coalition des volontaires doit imposer, dans les pourparlers avec la Russie, le cadre humanitaire réclamé dans l'appel People First, lancé par les Prix Nobel de la paix 2022, l’Ukrainienne Oleksandra Matviichuk et le Russe Oleg Orlov : permettre à une délégation internationale du CICR d'accéder à l'ensemble des captifs et des enfants déplacés de force ; obtenir le retour de ces enfants dans leurs familles ; exiger la libération de tous les civils détenus illégalement, en Russie comme dans les territoires occupés ; organiser le rapatriement des prisonniers de guerre ; garantir à tout Ukrainien qui le souhaite la possibilité de quitter les zones sous contrôle russe ; mettre fin, partout, à la russification forcée.
Deux urgences, une même exigence. Pour les civils de l'Ukraine libre, bombardés chaque jour par les missiles et les drones du Kremlin, la Coalition des volontaires doit engager sans délai la mise en œuvre de SkyShield : un bouclier aérien capable de protéger les villes, les hôpitaux, les écoles, les centrales électriques — tout ce qui permet à un pays de rester debout. Pour les civils des territoires occupés, la Coalition doit imposer le cadre humanitaire de l'appel People First comme préalable à toute négociation. Tolérer l'occupation sans exiger la libération des captifs et des enfants, c'est abandonner des millions d'êtres humains à l'effacement de leur identité, de leur langue, de leur existence. Ces mesures sont les conditions minimales d'une paix qui ne soit pas un accord honteux.
L'Europe s'est construite, après 1945, sur une promesse : ne plus tolérer l'anéantissement des peuples, ne plus abandonner des civils à la barbarie. Cette promesse, c'est aujourd'hui en Ukraine qu'elle se tient ou qu'elle se brise. L'Ukraine est notre première ligne de défense. Protéger les Ukrainiens, c'est défendre ce que nous sommes, c'est nous défendre.
Signataires
Tribune portée par :
Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de Desk Russie.
Aurélien Duchêne, consultant en géopolitique, chroniqueur pour la chaîne LCI, enseignant à l'ILERI.
Pierre Raiman, historien, Vice-Président de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Sylvie Rollet, professeure émérite des universités, Présidente de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Constantin Sigov, philosophe, Directeur du Centre d’études européennes à l’université Mohyla de Kyiv.
Nicolas Tenzer, senior fellow Center for European Policy Analysis (CEPA)
Françoise Thom, historienne et soviétologue, maître de conférences honoraire en histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne.
Cécile Vaissié, professeure des universités en études russes, soviétiques et postsoviétiques.
Emmanuel Wallon, professeur émérite de sociologie politique
Michel Yalovleff, Général (2S) de l’Armée de terre.
Premiers signataires :
David Abramovitz, musicien, France / USA
Emmanuel Amara, auteur, réalisateur
Vitaly Amoursky, journaliste
Antoine Arjakovsky, historien
Sarah Authesserre, journaliste
Gérard Bensussan, philosophe, professeur émérite, Université de Strasbourg
Corinne Bonafoux, maîtresse de conférences histoire contemporaine, USMB
Jean-Marc Boulard, réalisateur de films
Jean-Loup Bourget, professeur émérite à l'Ecole normale supérieure
Denis-Laurent Bouyer, critique d'art
Jean-Marie Brohm, professeur des Universités émérite
Michel Caillouët, ancien ambassadeur
Belinda Cannone, écrivain
Catherine Chalier, philosophe, professeur émérite
Gilles Chevalier, contrôleur général des armées (2S)
Yan Ciret, producteur Radio France - journaliste et critique
Marie Collins, comédienne, Belgique
Didier Coureau, professeur des universités en études cinématographiques Université Grenoble Alpes
Dominique Crevecoeur, cinéaste
Estelle Delavennat, traductrice littéraire ukrainien-français
Raymond Douyère, membre honoraire de l'Assemblée Nationale
Michel Duchène, Vice président de Bordeaux Métropole, Adjoint au Maire de Bordeaux, retraité
Anne Duruflé, diplomate culturelle émérite
Sylvie Ebenstein-Couhault, avocate retraitée
Karen Entrialgo, professeure, Université de Porto Rico en Arecibo
Renaud Ego, écrivain
Chloé Fabre, présidente de l'Union des fédéralistes européens (UEF France)
Armand Farrachi, écrivain
Jacky Fayolle, économiste-statisticien
Claude Forest, professeur émérite des universités
Catherine Forgeard, administratrice au Sénat
Jacques Franchi, professeur des universités honoraire
Jean-Michel Frodon, journaliste et enseignant
Martine de Gaudemar, philosophe, professeur émérite
Jean-Yves Guérin, professeur de littérature française à l'université Sorbonne nouvelle
François Grunewald, ingénieur agronome, chercheur
Jean-François Husson, professeur UCLouvain
Jean Jouannaud, professeur émérite, Université Paris-Saclay
Véronique Jobert, professeur émérite de l'université Paris-Sorbonne
Arthur Kenigsberg, fondateur d’Euro Créative
André Klarsfeld, secrétaire de « Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! »
Yan de Kerorguen, journaliste
Bertrand Lambolez, directeur de recherche
Philippe de Lara, philosophe
Olga Lebourge, artiste peintre
Anne Lessard, journaliste
Rachel Mazuy, historienne
Danièle Miglos, professeur des universités honoraire
Isabelle Monfort, auteure
Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue
Joëlle Nicolas, médecin humanitaire
Isabelle de Mecquenem, professeur de philosophie
Oxana Melnychuk, Unis pour l'Ukraine (Ukraine)
Philippe Moreau Chevrolet, communicant et professeur de communication à Sciences Po Paris
Frédéric Pieretti, réalisateur de films, capitaine de corvette honoraire
Raphaël Pitti, Médecin humanitaire
Sylvie Plane, professeure émérite des Universités
Alain Policar, chercheur en science politique
Patrick Puges, polytechnicien
Natacha Rajakovic, politologue, expert en relations internationales, géopolitique et communication
Adina Revol, essayiste, ancienne porte-parole de la Commission européenne en France
Dany Savelli, maître de conférences en civilisation et littérature russes
Pierre Schapira, professeur émérite Sorbonne Université
Karl Schlögel, professeur émérite, historien (Allemagne)
Kyrylo Snizhko, Chercheur en physique, CEA Grenoble, Ukrainienne
Christian Tabiasco, président du Mouvement Européen
Bernard Tallet, professeur émérite, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne
Elisabeth Tourneix Pallme, vice-présidente du Mouvement européen Haute-Garonne & présidente de Pulse of Europe Toulouse
Deolinda Vilhena, Professeur Universidade Federal da Bahia, Brésil
Marie-Françoise Verdun, magistrate honoraire
Jean-Pierre Vidal, écrivain
Emmanuel Wallon, professeur émérite de sociologie politique
Zina Weygand, historienne
Associations
Nataliya Batarina, Coadministratrice Association Volya
Anne Bocquet, enseignante chercheure, membre de l'association Annecy Solidarité Ukraine
Christian Castagna, président de VoisinageS
Marie-Laure Cittanova, journaliste retraitée
Tatiana Dehaye, présidente de l’association Enfants de l’Ukraine
Françoise Diehlmann, militante fédéraliste, Union des Fédéralistes Européens
Élodie Grenot, association Agir Ensemble Pour l'Ukraine
Gilles Marchand, président d'Informations sans Frontières
Florent Murer, président fondateur de l'Association Kalyna
Geneviève Morenas, vice-présidente d'Interco
Jean-Pierre Pasternak, président de l'Union des Ukrainiens de France
Julien Profumo, président de l'association Mouvement pour la défense européenne
Danièle Amsellem Zelic, autrice, association Save Ukraine
Othar Zourabichvili, président de l'Association Géorgienne en France
Signatures citoyennes :
Liste à jour en date du 25 février 2026, 22h00, UTC +1.
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