
« La spoliation de la culture ukrainienne contribue à nourrir le crime de génocide »
18 mars 2025
ENTRETIEN - TYZHDEN
Enquête sur la préméditation : le rôle de la Douma, du FSB, du Ministère de la Culture — et le cas Chersonèse. Par Christian Castagna
Christian Castagna, le responsable du plaidoyer de Pour l’Ukraine explique à Tyzhden la démarche d'enquête sur la préméditation du pillage culturel, le rôle de la Douma, du FSB et du Ministère de la Culture, et la complémentarité de l'approche Pour l’Ukraine (préméditation) avec celle des partenaires ukrainiens (crimes spécifiques). Il détaille le cas de Chersonèse, le démantèlement documenté par satellites de 2015 à 2024.
Spoliation des biens culturels ukrainiens, une double russification
À partir du 24 février 2022, le Service de Renseignement de la Fédération de Russie, l’armée de la Fédération de Russie, le Ministère russe de la Culture et les autorités d’occupation des régions d’Ukraine concernées ont mené une politique systématique de destruction, d’appropriation et d’exportation illicite du patrimoine culturel et historique de l’Ukraine.
Les autorités de la Fédération de Russie se sont dotées, après les annexions, d’un arsenal législatif visant à modifier le régime de la propriété de tous les biens culturels des régions ukrainiennes annexées.
L’occupation à partir de février 2022 n’a entraîné que peu de larcins, mais permis une spoliation « officielle » du patrimoine culturel de l’Ukraine, systématique, généralisée et organisée. Planifiée au plus haut niveau et coordonnée entre les différentes autorités fédérales et régionales de la Russie, elle suit le même modèle depuis la première phase de l’invasion russe de la Crimée en 2014.
Les occupants russes ont systématiquement emporté les inventaires et autres documents administratifs répertoriant les collections des musées ukrainiens et attestant de leur propriété. Des œuvres spoliées depuis 2014 ou 2022 ont déjà été utilisées dans des expositions publiques en Russie.
La spoliation consiste en une double russification ou désukrainisation : à la fois de la propriété des biens culturels aliénés et du récit qui les entoure.
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Le site de Chersonèse en Crimée, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, a été systématiquement démantelé entre 2015 et 2024, comme le prouvent des photos satellites. Ce site historique a été transformé en musée glorifiant la "Novorossiya".

"C'est un crime contre l'humanité. Nous disposons de toutes les preuves mais [...] quelle juridiction est saisie de cette situation ?"
Un représentant de l'UNESCO confie: "Nous sommes très embêtés... depuis 2022, de façon automatique, quand les Russes volent des œuvres d'art, ils détruisent les inventaires et les catalogues. Pour les Ukrainiens, il faut donc retracer la propriété des biens et la procédure part alors quasiment de rien."
La Douma a légalisé le pillage culturel ukrainien via un système méthodique rappelant la planification soviétique.
En collaborant avec nos partenaires ukrainiens, nous avons développé des approches complémentaires: ils documentent les crimes culturels spécifiques (vols, destructions) tandis que notre équipe prouve leur préméditation syst ématique. Nos recherches, bien que le "génocide culturel" ne soit pas reconnu en droit international, apportent des éléments démontrant que l'effacement délibéré du patrimoine ukrainien pourrait constituer une composante d'un crime de génocide devant la CPI.
"Aujourd’hui, nous sommes au seuil de l’irréversibilité dans ce qui se passe dans les oblasts occupés".
