Discours prononcé à l'occasion de la grande marche annuelle à Paris en commémoration de la guerre d'agression russe en Ukraine
Lors du rassemblement marquant le quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle, Pour l'Ukraine intervient au forum pour porter les exigences de la campagne Ensemble, sauvons les otages ukrainiens.
DISCOURS PUBLIC
Quatre ans. Quatre ans que la Russie mène contre l'Ukraine une guerre systématique d'anéantissement. Quatre ans que des villes sont rasées, que des hôpitaux et des écoles sont bombardés, que des centrales électriques sont détruites, chaque hiver, pour plonger tout un peuple dans le froid et l'obscurité. Quatre ans que les Ukrainiens résistent, avec un courage qui force l'admiration du monde.
Aujourd'hui, on nous parle de négociations. On nous parle de cessez-le-feu. On nous parle de « paix ». Mais de quelle paix parle-t-on si elle abandonne des êtres humains à leurs bourreaux ?
Car derrière les lignes de front, il y a des visages. Il y a des noms.
Il y a Anastasia Hloukhovska, journaliste de Melitopol, enlevée par le FSB en août 2023, dont on est sans nouvelles depuis plus de deux ans, détenue au secret dans la sinistre prison de Kizel, à 2 700 kilomètres de chez elle — ce même lieu où la journaliste Viktoria Rochtchyna a été torturée et est morte en détention. Il y a 26 journalistes ukrainiens et 23 journalistes russes qui croupissent dans les geôles du Kremlin, certains depuis près de dix ans. Et il y a Yevhen Matveyev, maire de Dnipro-Roudny, enfermé lui aussi dans ce camp et torturé à mort.
Mais au-delà de ces noms, il y a l'innommable. Près de vingt mille enfants arrachés à leur pays, déportés en Russie, soumis à une russification forcée qui vise à effacer leur langue, leur mémoire, leur identité. Moins d'un sur dix a pu revenir.
Il y a au moins seize mille civils détenus au secret — torturés, humiliés, parfois assassinés. Il y a des prisonniers de guerre dont l'état de santé est terrifiant. Et il y a trois millions d'Ukrainiens qui vivent sous occupation, contraints de prendre un passeport russe sous peine de tout perdre — leur logement, leurs droits, leurs enfants qui sont russifiés, embrigadés et militarisés pour être demain la chair à canon de nouvelles agressions russes.
C'est pour toutes ces personnes que la campagne People First – Les Humains d'abord – a été lancée à l'initiative de deux Prix Nobel de la paix 2022 : l'ukrainienne Oleksandra Matviichuk et le russe Oleg Orlov — unis par un message simple : Sauver les êtres humains est la priorité des priorités.
En effet, comme le souligne Oleksandra Matviichuk, " Cette guerre a un caractère génocidaire " car elle vise notamment à effacer l'identité nationale des enfants ukrainiens.
Nos revendications sont claires.
Nous exigeons l'accès immédiat du Comité international de la Croix-Rouge à tous les captifs et à tous les enfants déportés.
Nous exigeons le retour de ces enfants dans leurs familles.
Nous exigeons la libération de tous les civils détenus illégalement.
Nous exigeons le rapatriement des prisonniers de guerre.
Nous exigeons que tout Ukrainien qui le souhaite puisse quitter les territoires occupés.
Nous exigeons la fin de la russification forcée, partout.
Et nous demandons aussi la libération des prisonniers politiques russes, emprisonnés pour avoir eu dit non à cette guerre.
Ces exigences s’adressent au Président de la République. Car il ne suffit pas de créer une Coalition des volontaires. Il faut lui donner tout son sens. La Coalition doit imposer ce cadre humanitaire comme préalable à toute négociation avec la Russie. Aucun cessez-le-feu ne peut être discuté si le sort des captifs, des enfants déportés et des populations sous occupation n'est pas sur la table, avant même les questions territoriales et les garanties de sécurité.
Nous le demandons à la France, nous le demandons à chaque gouvernement de la Coalition, nous le demandons à l’Europe : ne négociez pas sur des lignes de front en oubliant les êtres humains qui se trouvent derrière.
Céder des territoires sans exiger la libération des captifs et le retour des enfants, c'est livrer des millions d'êtres humains à l'effacement. Ce ne serait pas la paix. Ce serait la capitulation de notre conscience.
La coordination People First France, qui rassemble ici des associations ukrainiennes, russes et françaises, porte cette exigence commune. Car cette cause touche à la promesse fondatrice de l'Europe, forgée après 1945 : ne plus jamais abandonner des civils à la barbarie.
Cette promesse, c'est aujourd'hui en Ukraine qu'elle se tient ou qu'elle se brise.
People First ! Les Humains d’abord ! Slava Ukraini !
